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LES LUNDI DE L’IHEDN – PROCESSUS D’ACTUALISATION DE LA REVUE NATIONALE STRATEGIQUE

Nicolas Roche : « Notre pays préférera toujours le règlement pacifique à la force armée »

Dans un entretien avec l’IHEDN, le Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) Nicolas Roche détaille le processus d’actualisation de la Revue nationale stratégique, publiée le 14 juillet dernier.

Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale depuis le 26 mars 2025, le diplomate Nicolas Roche était auparavant ambassadeur de France en Iran. Affecté au ministère des Affaires étrangères à sa sortie de l’ENA, il a exercé à plusieurs reprises des responsabilités à la lisière de la diplomatie et de la défense, souvent en lien avec la prolifération nucléaire et le désarmement : conseiller pour les affaires politico-militaires à l’ambassade de France aux États-Unis, en charge notamment des dossiers liés à la politique de défense, à l’OTAN, à la prolifération, à la dissuasion, aux questions nucléaires, il a plus tard été conseiller diplomatique du ministre de la Défense, puis directeur de la stratégie à la Direction des applications militaires du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Avant d’être nommé à Téhéran en 2022, il avait rempli les fonctions de directeur des affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement au ministère des Affaires étrangères, puis celles de directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

Dans ses nouvelles fonctions au SGDSN, l’un de ses premiers dossiers a été de finaliser l’actualisation de la Revue nationale stratégique (RNS).

COMMENT S’EST DÉROULÉ LE PROCESSUS D’ACTUALISATION DE LA RNS, ET QUELS ACTEURS Y ONT ÉTÉ ASSOCIÉS POUR ABOUTIR AUX 567 MESURES ANNONCÉES ?

Lors de ses vœux aux armées le 25 janvier, le président de la République a demandé deux choses : au SGDSN, l’actualisation de la Revue nationale stratégique qui datait de 2022 ; au ministre des Armées, une réflexion sur la défense, sa base industrielle et technologique, l’impact des nouvelles technologies, pour nourrir ce travail d’actualisation.

La semaine suivante, le SGDSN a réuni les ministères pour une réunion de lancement des travaux. Dans la mesure où il s’agissait d’une actualisation et non pas d’un retour à la tabula rasa, nous sommes partis de l’organisation de la version de 2002 et nous l’avons adaptée. Nous avons ainsi conçu un document en trois parties : un point de situation qui prend en compte l’évolution du contexte géostratégique depuis 2022 ; l’expression d’une ambition nationale actualisée, à l’horizon de 2030, appuyée sur des moyens adaptés ; la troisième partie est consacrée aux voies et moyens de cette ambition.

Toutefois, si la filiation entre le travail de 2025 et celui de 2022 est bien réelle, il existe des différences significatives. En 2022, les délais avaient été extrêmement contraints. En 2025, le président de la République nous a donné le temps d’une large concertation. Une fois la première ébauche prête, elle a été présentée aux commissions permanentes des assemblées parlementaires en charge de la défense. Les sénateurs et députés ont d’ailleurs contribué par écrit à la rédaction de la Revue, ce qui est une garantie de qualité. Le document a aussi été présenté à la délégation parlementaire au renseignement et à un ensemble de chercheurs et spécialistes.

De façon moins habituelle, nous avons sollicité les associations d’élus régionaux, départementaux et locaux. C’était une première et nous avons été très bien reçus. S’agissant de l’administration, nous avons fait une part plus grande au ministère de l’Éducation nationale, au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et à d’autres ministères civils. Cet apport nous a amenés à créer un objectif stratégique n° 11, consacré aux enjeux scientifiques et technologiques.

Enfin, nous avons consulté nos partenaires britanniques et allemands. Au bilan, nous aurons travaillé grosso modo six mois et consulté une centaine de personnalités.

PAR RAPPORT À LA PRÉCÉDENTE ACTUALISATION EN 2022, QUELLES SONT LES PRINCIPALES NOUVELLES ACTIONS PROPOSÉES POUR ADAPTER NOTRE DÉFENSE À CET ENVIRONNEMENT DÉGRADÉ ?

Ce qui est très frappant lorsqu’on regarde les trois années passées, c’est la dégradation des relations entre États et de l’ensemble des cadres internationaux de régulation. C’est le point de bascule évoqué par le président de la République en ouverture de l’actualisation. L’hypothèse d’une nouvelle agression russe contre un pays ami, à terme, est crédible. La relation transatlantique soulève des questions. Le Proche-Orient et le Moyen-Orient sont secoués par une série de phénomènes potentiellement déstabilisants, de Gaza à Téhéran. La Chine est de plus en plus « assertive ». Le cyberespace et le champ informationnel sont minés par des malfaisants de toutes natures…

L’actualisation rend compte de ces évolutions porteuses de dangers. Elle affirme la nécessité – tout à fait centrale – de pouvoir faire face à un conflit de haute intensité en Europe, aux côtés de nos alliés, tout en faisant face à des actions nuisibles adverses sur notre territoire. Cette hypothèse est structurante à plusieurs titres. Qui dit haute intensité dit nécessité de tenir à la fois le choc et dans la durée – c’est l’enjeu des annonces faites par le président de la République le 13 juillet sur les moyens de la défense – ; qui dit actions adverses sur le territoire national – sabotages, cyberattaques, manipulations de l’information… – implique d’avoir les forces morales, la résilience pour tenir individuellement et collectivement.

Jusqu’à peu, vu d’Europe, nous étions encore dans la période douillette de la chute du mur de Berlin et des dividendes de la paix. Nous avions atteint une forme de paix dans le monde, de triomphe de la démocratie libérale et d’âge d’or de la régulation des relations internationales. Le commerce était mondialisé et les échanges internationaux avaient atteint un apogée historique. L’innovation et le progrès technologiques bénéficiaient à chacun, notamment grâce au développement des technologies de l’information. Bien sûr, nous avions des contrariétés comme le 11-Septembre, la guerre en Afghanistan, la situation en Irak, le durcissement de la compétition économique, le recours massif à l’espionnage par certains États, l’instrumentalisation du droit… mais l’Europe était une oasis.

L’agression russe en Ukraine, après l’annexion de la Crimée en 2014, est un gigantesque saut en arrière. Face à un agresseur qui fait de la guerre un avantage compétitif, il nous faut réinventer des moyens et des réflexes de défense. Par rapport à la Revue de 2022, l’actualisation de 2025 inscrit notre pays, ses habitants, ses voisins et ses alliés dans un effort de longue durée qui touche l’ensemble de nos sociétés. C’est la véritable différence.

 

 

DANS SON AVANT-PROPOS, LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE APPELLE À UNE « RÉVOLUTION STRATÉGIQUE ». COMMENT LA FRANCE PEUT-ELLE MIEUX CONTRIBUER À SA SÉCURITÉ, MAIS AUSSI À CELLE DE L’EUROPE ET DU MONDE ?

La contribution de la France à la sécurité dans le monde prendra plusieurs formes. Il y a la sécurité qu’elle doit à ses citoyens, en métropole et outre-mer ; la sécurité de ses voisins et celle de ses alliés et partenaires.

La sauvegarde des intérêts vitaux de la nation est assurée par la dissuasion. L’actualisation rappelle que nos intérêts vitaux ont une dimension européenne. Cette dissuasion est épaulée par des forces classiques qui peuvent intervenir en soutien de nos voisins, par exemple dans un conflit en Europe. La France dispose des capacités pour être la nation-cadre d’un tel engagement.

Plus loin, la France peut venir en appui, sous diverses formes, de ses alliés et partenaires stratégiques. Mais dans tous les cas, notre pays préférera toujours le règlement pacifique à la force armée et pour autant, jamais ne fuira ses responsabilités. Si vis pacem, para bellum.

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