LA LETTRE DU PRESIDENT NATIONAL DE L’UNC

LE MOT DU PRÉSIDENT

Extraits des vœux prononcés le 5 janvier.

Madame la ministre, merci infiniment de nous faire l’honneur de votre présence. Merci de votre engagement, de votre détermination et de l’efficacité de votre action : nous y sommes sensibles et nous en mesurons d’ores et déjà les résultats concrets, avec l’évolution des conditions d’attribution de la demi-part fiscale et la revalorisation du point PMI,

Monsieur le sénateur, nous saluons votre soutien, au travers du travail de fond que vous effectuez au profit de la défense de nos budgets et de la législation combattante, […].
Monsieur le représentant de l’état-major particulier du président de la République, et nous savons à quel point le président lui-même porte la plus grande attention à notre monde combattant,

Monsieur le directeur de cabinet, messieurs les membres du cabinet, messieurs les conseillers, permettez-moi de saluer votre écoute et le travail constructif que nous menons ensemble dans une relation de franchise et de confiance totale,
Madame la directrice générale de l’ONaC-VG, sous sa nouvelle appellation d’office national des combattants depuis le 1er janvier, […].

Encore merci de votre présence, elle témoigne d’une attention à laquelle nous sommes très sensibles.

Mais avant toute chose, je voudrais mettre à l’honneur nos jeunes camarades de l’opération Sentinelle que nous accueillons aujourd’hui pour partager ces vœux, selon cette belle tradition qu’a instauré mon prédécesseur Pierre Saint-Macary, car nous mesurons la dangerosité de cette mission dont les règles d’engagement vont bien au-delà de la légitime défense. Sachez que nous en sommes conscients : pour nous protéger, vous faites preuve au quotidien d’une disponibilité et d’un professionnalisme sans faille que nous nous devons de saluer. […]

Il est de tradition de commencer par un bilan de l’année écoulée : ce fut une année que je qualifierai de post-Covid où nous avons remis en marche notre plan avenir, un plan avenir qui, tout en restant inoxydablement fidèle aux valeurs de nos pères fondateurs, a pour ambition de les décliner avec une nouvelle grammaire adaptée à l’évolution de notre société.

Et bien sûr, au premier rang de nos valeurs cardinales, la solidarité, et je souhaitais mettre en exergue le formidable engagement des nôtres, qui œuvrent inlassablement sur le terrain, dans cette plus belle expression du bénévolat qu’est l’exercice de la solidarité, et ce, grâce a cet exceptionnel maillage territorial constitué par nos 3 200 associations locales. Et qu’il me soit permis, à cette occasion de rendre hommage au travail de l’ONaC-VG : nous avons là un modèle de gestion paritaire avec une administration de proximité à dimension humaine. […]

Mais nous avons voulu aussi faire évoluer le champ de nos actions de solidarité vers les plus jeunes, en l’ouvrant aux blessés et en particulier à ceux qui souffrent du syndrome du stress post-traumatique. La reprise d’une vie normale au terme de leur parcours de soin est une séquence souvent délicate où le risque de précarisation psychologique et de dérive est bien réel : là encore notre ancrage territorial permet de les détecter, de soutenir leur famille et de leur tendre la main pour les accompagner vers des structures sociales et médicales compétentes.

2023 maintenant. En langage militaire, 3 axes d’effort que je traduirai en langage civil par 3 orientations majeures pour l’UNC et qui s’inscrivent par essence dans les valeurs combattantes que nous portons.

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La promotion de l’esprit de défense et le lien armée-Nation tout d’abord, la jeunesse ensuite, et enfin la mémoire.
Esprit de défense et armées sont deux entités consubstantielles, car on n’externalise pas la défense de son pays comme une vulgaire prestation de service : non le soldat n’est pas un mercenaire, il est un citoyen à part entière qui a fait le choix singulier de porter les armes pour la France avec tous les risques et les contraintes qu’il a choisi d’accepter jusqu’au don de sa vie s’il le faut. Ce lien armée-Nation est plus qu’essentiel : déjà 400 ans avant Jésus-Christ, le philosophe historien grec Thucydide […] en faisait le constat en écrivant : « la force de la cité ne réside ni dans ses remparts, ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses citoyens, c’est à dire dans cette force morale que constitue la capacité individuelle et collective à prendre l’ascendant sur les évènements ». La force morale d’une nation et celle de ses armées se nourrissent mutuellement. Dans une société où l’intérêt individuel prévaut souvent sur l’intérêt collectif, nous avons, associations combattantes, l’ardente obligation d’être les acteurs du ravivage d’un esprit de défense, d’un réveil de la conscience citoyenne et d’une forme de réarmement moral. Un pays n’est respecté que s’il exprime sa force morale, sa capacité de résilience, et un courage ancré dans la volonté de son peuple. Par les valeurs que nous portons et incarnons, nous devons, nous pouvons et nous avons la légitimité pour être des éléments moteur de l’affermissement d’une cohésion nationale : une France unie et résiliente comme l’exprime la revue nationale stratégique 2022.

La jeunesse maintenant : nous en faisons notre priorité absolue. Nous devons être des porteurs de citoyenneté auprès d’une jeunesse désorientée mais qui a soif de sens : nous devons nous poser auprès d’elle, non pas en donneur de leçons, mais en nous faisant passeurs de témoignages, de vécus, de mémoire et d’histoire. Nous devons être des animateurs au sens premier du terme, c’est à dire donner une âme à l’histoire : c’est une formidable opportunité de leur permettre d’apprendre et de comprendre notre récit national. Ne laissons pas s’enfuir cette jeunesse qui sera la France de demain : sachons les faire devenir des vrais patriotes et non pas des patriotes par défaut et sachons leur donner le sentiment d’appartenir à une nation qui devrait être, selon Ernest Renan, l’aboutissement « d’un rêve d’avenir partagé ». Et j’ai la conviction profonde que notre jeunesse a besoin de trouver un sens à son engagement, d’y trouver un épanouissement personnel : nous avons une jeunesse qui sait formidablement s’investir dès lors qu’elle est convaincue de trouver une utilité à son action et dès lors que nous lui offrons de quoi nourrir un sentiment d’appropriation. C’est dans cet esprit que nous avons créé les cadets de l’UNC, un dispositif à la fois patriotique, mémoriel et social, qui s’inscrit parfaitement dans le prolongement du service national universel, dont le président de la République a fait une priorité nationale cette année. Patriotique parce qu’on leur enseigne le sens et la symbolique des cérémonies, parce qu’on en fait des porte drapeaux, parce qu’on leur fait découvrir l’aspect opérationnel des forces armées au cours de visites et de contacts avec les unités. Mémoriel parce qu’il est organisé des visites de musées et de lieux de mémoire ; social enfin car nos grands anciens se trouvent, l’âge venant, souvent isolés et s’éteignent dans la solitude ; il convient de répondre à ce sentiment d’abandon en sensibilisant nos jeunes à cette situation et en leur permettant de devenir parrain d’un ancien combattant, et ainsi, de leur apporter leur fraîcheur, tout en s’enrichissant de leurs témoignages, et ainsi créer un lien intergénérationnel fort.

Et pour terminer, la mémoire […] soyez sûre, madame la ministre, que nous sommes pleinement impliqués dans le groupe de travail mémoire combattante que vous avez créé dans le cadre de l’élaboration de la loi de programmation militaire. Pierre Saint-Macary est en charge de ce dossier pour l’UNC, avec une approche originale voire iconoclaste : il propose une évolution des commémorations en y incluant tous ceux qui ont servi la France sous les armes, qu’ils aient combattu ou non, et en y associant les militaires, professionnels ou réservistes de l’opération Sentinelle. Il ne s’agit pas de leur attribuer le titre de reconnaissance de la Nation ou la carte du combattant, mais ils ont servi sous l’uniforme et ce serait justice de leur exprimer la reconnaissance du pays en leur donnant une appellation nouvelle qui pourrait être celle de vétérans et de profiter des commémorations pour les mettre aussi à l’honneur en leur décernant, dès lors qu’ils remplissent les conditions, la médaille de la défense nationale.

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Concernant les commémorations, j’ai la conviction qu’il faut les redynamiser localement et dans le fond et dans la forme : dans la forme en les rendant plus attractives et moins figées, et dans le fond en les personnalisant ; elles pourraient s’incarner par la célébration d’une figure locale qui s’est illustrée au service de la France et dont les valeurs combattantes pourraient être mises en exergue. Et à cet égard, il faudrait, autour de cette personnalité, un travail en amont, impliquant les scolaires, les enseignants, les élus, les familles et les associations : il faut véritablement du concret pour que l’habitant puisse se l’approprier. Cela est déjà organisé par certaines communes mais je crois qu’il faut que ce soit généralisé.

En conclusion, au travers de cette feuille de route, nous n’avons qu’un cap, celui de l’avenir : le syndrome du « c’était mieux avant », pas de ça chez nous. Nous ne nous complaisons pas dans la nostalgie d’un passé qu’on érige en utopie perdue. Notre époque est sans doute difficile, mais elle est passionnante, dès lors qu’on refuse d’en être des spectateurs passifs et résignés. Il faut savoir se remettre en question, se serrer les coudes et se battre : « never, never, never, give up » disait Churchill, « n’abandonnez jamais, jamais, jamais ». Mais tout cela est inscrit dans l’ADN de notre association. Nous sommes résolument dans le projet et pas dans le regret, car soyons convaincus que l’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons en faire.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite à tous une excellente année […].